Le boom des concours d’éloquence

EloquenceLongtemps réservés aux étudiants en droit, afin qu’ils puissent briller dans les prétoires, les concours d’éloquence connaissent depuis quelques années un véritable boom.

Écoles de commerce et d’ingénieurs, universités, lycées, régions, départements, villes, fondations, entreprises : tout le monde veut désormais organiser son concours d’éloquence. Et ça marche car les candidats affluent. Les spectateurs aussi d’ailleurs.

Concours d’éloquence : du grand écran à You Tube

En témoigne le récent succès de deux films. Celui d’Yvan Attal, Le Brio, qui a totalisé plus d’un million d’entrées. Camélia Jordana y incarne une jeune étudiante en droit issue de l’immigration, confrontée à son professeur réac’ qui la prépare au concours d’éloquence annuel des apprentis avocats.

Le documentaire, A voix haute, diffusé sur France 2, puis sorti en salles et désormais disponible sur Netflix, a, lui aussi, séduit le public. Le réalisateur Stéphane de Freitas y retrace l’histoire d’Eloquentia. Ce concours qu’il a créé il y a 8 ans désigne le meilleur orateur de Seine-Saint-Denis.

France 2 n’a pas hésité à surfer sur cette vague en diffusant depuis 2019 son émission « Le Grand Oral ».  Le temps d’une soirée douze candidats, âgés de de 18 à 78 ans, s’affrontent dans un concours d’éloquence orchestré par Laurent Ruquier.

En la matière, les meilleurs scores d’audience ne se font pourtant ni au cinéma ni à la télévision mais sur le web. Des petites productions qui défient les lois du blockbuster. Ce sont près de 2 millions de vues sur YouTube pour la finale du concours d’éloquence d’HEC  2019. Le Prix Mirabeau, lui, réunit des étudiants de 10 Instituts d’études politiques. Sans oublier la finale de « Ma thèse de 180 secondes », dans laquelle s’affrontent des doctorants qui ont 3 minutes pour rendre clair au plus grand nombre le sujet de leurs recherches, généralement incompréhensible pour le commun des mortels.

Contre-pouvoir à la culture de l’écrit

Quelles sont les raisons de cet engouement ? La réponse tient sans doute à deux constats simples. Premièrement, on a enfin compris qu’en France, l’enseignement est, dès le plus jeune âge, centré autour de l’écrit. Or être un as de la dissertation ne fait pas de vous un orateur hors pair, loin s’en faut… Deuxièmement, dans notre société, le courriel, le SMS et le message WhatsApp sont devenus l’apanage de la communication. On réalise que rien ne vaut la parole pour humaniser un message. Bref, ce n’est pas parce que vous savez écrire que vous savez convaincre. Comment persuader un employeur potentiel ? Comment faire adhérer votre supérieur à votre idée de génie ou motiver vos équipes lors de la réunion du lundi matin ?

Eloquence: « On ne naît pas orateur, on le devient » …

C’est pour cela que les universités et les écoles supérieures proposent désormais des cours de prise de parole en public. Dans certains cursus ils sont d’ailleurs obligatoires. Même le sacro-saint baccalauréat se met au diapason. Pour la première fois en 2021 aura lieu un grand oral. Il comptera pour 15 % dans la note finale et les lycéens de terminale bénéficieront de 12 heures d’entraînement à la prise de parole.

Car pour ceux qui en doutaient encore, l’art oratoire ne s’improvise pas, il s’apprend.

Claire RAYNAUD, journaliste et consultante pour Pitch361. 22/11/2020. Crédits photo Pixabay.

 

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Date: 22 - 11 - 2020